Prescripteurs de saines addictions

Annesophie B.

https://www.instagram.com/annesophiebooks/?hl=fr

chroniqueuse littéraire à temps complet.

L'inconnue du 17 mars / roman

Van Cauwelaert, Didier

Albin Michel

17,90
2 octobre 2020

Pour voir autrement.

Émouvant, drôle, et surtout beaucoup plus profond qu’on pourrait le croire au premier abord.
Lire Didier Van Cauwelaert c’est toujours une petite aventure, et c’est, bien souvent, aussi une expérience originale.
Avec son nouveau roman, L’Inconnue du 17 Mars, il le démontre une nouvelle fois.

S’attaquer au problème de la Covid-19, pas mal d’auteurs l’ont tenté ces derniers mois. Avec un sujet aussi actuel, et surtout toujours aussi présent dans nos vies, ce n’est pas forcément un exercice facile, puisqu’il faut bien admettre que nous tous notre avis bien personnel sur la question.

Mais l’auteur parvient tout de même, une fois de plus, à nous raconter une histoire aussi extraordinaire (au premier sens du terme) que profondément originale.
Et, par dessus tout, à nous proposer une approche différente non pas de la maladie en elle-même, mais de sa cause.

Lucas est devenu sans-abri suite à un désastreux concours de circonstances. Au matin du 17 mars, ce SDF amoureux des livres attend calmement la mise en place du confinement. Que compte t-on faire pour les gens « comme lui » ?
Ce questionnement va être, par la force des choses, remis à plus tard, puisqu’en traversant la rue, il va se faire renverser.
Mais le plus étonnent l’attend quand il reprend ses esprits à l’intérieur du véhicule : la personne qui l’a renversé n’est autre que son ex petite amie, perdue de vue depuis 20 ans.
Alors qu’ils se retrouvent tous les deux à aller dans son ancienne maison de famille, où un drame affreux s’est déroulé, Lucas commence à comprendre que le hasard n’est pour rien dans la subite réapparition d’Audrey.
Mais pourquoi ? Qu’est-ce que lui, l’ancien prof jeté en pâture à la vindicte populaire, pourrait bien faire pour elle et pour... le monde ?

Il est noté, sur la quatrième de couverture, que nous sommes ici devant un conte philosophique, et c’est exactement ça.
Didier Van Cauwelaert va loin, et nous y amène avec lui.

Pour le suivre, et apprécier le voyage, il va cependant falloir que lecteur accepte d’ouvrir son imagination, d’élargir le champ des possibles communément admis.

Et parfois, ça fait furieusement du bien, de regarder plus loin, et autrement.
À découvrir !

La peine du bourreau

Tharreau, Estelle

Taurnada éditions

9,99
2 octobre 2020

Intelligent et profond.

Avec La Peine du Bourreau, Estelle Tharreau revient une nouvelle fois un roman aussi noir que profond, et aussi dérangeant qu’instructif.
Allant du milieu des années 70 à nos jours, l’auteure nous retrace, grâce à une intrigue très intéressante, la longue et difficile histoire de la peine de mort aux Etats-Unis, mais la lente évolution sociale et raciale de ce pays.

Ed, condamné à la peine capitale, passe sa dernière soirée dans le couloir de la mort.
Alors qu’il reste quatre heures avant l’exécution, le gouverneur du Texas va se rendre à la prison et demander à s’entretenir, secrètement, avec le bourreau McCoy.
Ce qu’il veut peut sembler simple : que ce dernier lui explique son travail de bourreau, ce qui l’a amené à faire ce métier, mais également les leçons qu’il a retenu de sa longue carrière. Tout cela dans l’espoir que ça l’aide à savoir si, oui ou non, il doit accorder une grâce au fameux Ed 0451.

Mais pourquoi ce détenu a-t’il perpétré les cinq terribles crimes qui lui valent d’être là ?
Car, ces crimes, répondent à une logique terrible.
Une logique que vous découvrez petit à petit.

250 pages de pur roman noir, traitant d’un sujet ô combien complexe.

Sans jamais se poser en juge de la morale, Estelle Tharreau nous décrit les attentes et les craintes, les haines et les certitudes qui creusent le fossé infranchissable qui sépare les « pour » et les « anti ».

Que le lecteur soit lui-même pour ou contre, ce livre le poussera dans ses plus profonds retranchements.

Quel a été l’évolution de cette procédure aux USA ?
Pourquoi perdure t-elle encore, malgré les nombreuses objections qui s’élèvent ?
Qu’a fait Ed pour en arriver là ?
Quelle formidable leçon de vie un bourreau de métier pourrait-il donner à un gouverneur ?
Et quelle sera la décision de celui-ci à la fin de la quatrième heure ?
Pour avoir toutes ces réponses, il vous faudra lire le nouveau et très bon roman D’Estelle Tharreau, paru chez Taurnada le 1er octobre.

Une lecture qui vous fera réfléchir et que vous ne regretterez pas.
À découvrir sans hésitation.

Requiem pour un diamant
30 septembre 2020

Très bon polar français.

Si vous souhaitez lire un vrai bon polar, alors ça se passe par là !
Il y a un peu plus d’un an, je découvrais la plume de Cécile Cabanac avec son tout premier titre : « Des Poignards dans les Sourires ».
Entre polar rural et thriller psychologique, elle parvenait, du premier coup, à nous proposer un roman accrocheur, très bien fait, et parfaitement dosé, et j’y avais complètement adhéré.

J’ai donc commencé son deuxième opus, Requiem pour un Diamant, avec des attentes assez importantes, ce qui est toujours risqué.
Mais, cette fois, aucune déception à l’horizon !

L’auteur réussit à nous proposer un nouveau thriller qui, tout en gardant les qualités du premier, se démarque excellemment afin de ne pas avoir à souffrir de comparaison.
Il faut noter que ce petit dernier est déjà beaucoup plus citadin que son grand frère, ce qui en accentue le rythme.
Et, si l’on reste plus ou moins dans des histoires de familles, ici nul huis-clos à prévoir.
D’ailleurs l’intrigue en elle-même est radicalement différente. Si nous pouvons compter sur quelques morts au passage, le grand banditisme, le monde fermé de la grande joaillerie, le milieu des faussaires et le trafic international font une entrée fracassante sur le devant de la scène.
Et sincèrement, on se régale.

On retrouve avec grand plaisir Virginie Sevran et Pierre Biolet, nos deux enquêteurs rencontrés dans Des Poignards.
Mais là encore, aucune crainte à avoir : vous pouvez tout à fait lire ce nouvel opus MÊME si vous ne connaissez pas encore le premier.
Par goût personnel je préfère toutefois toujours connaître la première enquête d’une équipe, pour mieux appréhender et apprécier leur dynamique, et j’en profite pour vous dire que le premier roman est paru en version poche, et donc à un prix très raisonnable.

Si vous avez l’occasion, n’hésitez pas à les découvrir dans l’ordre de parution. Mais, encore une fois, nulle obligation, puisque les deux enquêtes sont parfaitement distinctes.

Personnages diversifiés, intrigue prenante, rythme soutenu, et plongée dans un monde dont on entend très peu parler, sont autant de qualités à ajouter au talent de l’auteure dans ce Requiem pour un diamant.
N’hésitez pas !

L'anomalie

Le Tellier, Hervé

Gallimard

20,00
26 septembre 2020

Embarquez sans tarder.

Mars 2021.
Le vol AF006, reliant Paris à New-York traverse difficilement un terrible orage.
À son bord, parmi les 250 passagers, on peut trouver : un écrivain maudit, un tueur à gages, une petite fille trop sage, un couple effectuant leur premier voyage ensemble, un chanteur assez secret, une avocate brillante mais vindicative... bref, une assez belle représentation du panel humain.

Juin 2021.
Les mêmes personnes. Les mêmes vies. Les mêmes secrets.
Ou presque.

Il s'est passé quelque chose. Bien sûr qu'il s'est passé quelque chose. Mais quoi exactement ?

L'impression est d'abord légère, presque indécelable. Mais au bout de quelques chapitres, elle est presque étouffante.

Il s'est passé quelque chose.
Oui mais quoi ?
L'auteur nous balade, d'une période à l'autre et de protagoniste en protagoniste sans jamais nous perdre (chaque début de chapitre indique très clairement quand, où et avec qui on se trouve), et pourtant ça nous échappe.

On a l'impression d'avoir la réponse, là, juste sous nos yeux, et l'instant d'après elle est balayé d'une simple phrase.
Ce livre m'a énormément plu. Parce qu'il pousse le lecteur à de nombreuses réflexions, sur de multiples niveaux.

Il m'a fait pensé à beaucoup d'anciennes lectures, ou séries, à commencer par Replay, de Ken Grimwood, ou La Modification, de Michel Butor. Et bien évidemment à la série Lost.
Oh, ne vous inquiétez pas, le final se révèle totalement différent. Suffisamment pour nous surprendre et nous donner du grain à moudre pendant de longues heures de réflexion.

Hervé le Tellier nous fait participer à un voyage pour le moins mouvementé, et à la fin duquel on ne peut s'empêcher de penser : « Et moi, qu'aurais-je fait, à leur place ? ».

Un très bon roman contemporain, des personnages fort, un style précis, efficace et direct, une intrigue originale (et surtout très originalement présentée !), et une multitude de questionnements intérieurs.

Il y a là tout ce que je recherche dans un bon livre.
Alors, laissez-vous embarquer, et surtout, suivez bien les consignes de sécurité. On ne sait jamais...

Les piliers de la Terre, Le crépuscule et l'aube
26 septembre 2020

Très bon préquel.

La sortie d’un roman de Ken Follett est un moment que j’attends chaque fois impatiemment. Pour ses romans historiques, en tout cas, étant beaucoup moins attirée par ceux qui traitent d’espionnage.
Alors cette année, quand Le Crépuscule et L’Aube a été annoncé, j’étais déjà dans les starting-blocks. Non seulement il revenait avec un roman historique, mais celui-là allait nous raconter « l’avant » Kingsbridge !
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Un préquel donc (ma Complice, si tu passes par là... ;)). Et quel préquel !
Nous débutons cette nouvelle histoire en débarquant directement au Xème siècle.
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Ken Follett a toujours ce talent inimitable pour nous immerger totalement dans ces périodes si lointaines.
Toujours, aussi, cette passion pour les bâtisseurs qu’il parvient sans mal à nous transmettre.
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Si on peut noter une (très) légère baisse au niveau du rythme de l’action dans ce nouveau titre, l’intrigue, elle, est toujours aussi solide, et les personnages toujours aussi riches et fouillés.
850 pages de pur régal. Une agréable découverte d’une époque que l’on connaît finalement peu, avec ses codes étranges et assez brutaux. La mise en lumière des différentes manières de vivre en fonction des pays.
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Des thèmes reconnus et universels, comme la filiation, les haines, l’amour, l’amitié, l’envie, la vengeance, bref tout ce que fait que l’Homme peut être aussi dangereux que bienveillant.
Et surtout, des personnages et des décors fabuleux, que l’auteur nous offre à aimer ou à détester, parfois même les deux, au fil des pages.
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Edgar, Ragna, Aldred, Wilf et même Dreng resteront longtemps dans vos mémoires.
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Un belle réussite à ne pas rater, que vous aimiez déjà Les Piliers de la Terre, Un Monde sans Fin et Une Colonne de Feu, ou que vous souhaitiez découvrir Ken Follett.
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Dépaysement garanti.
À lire sans modération, et attendant impatiemment le prochain !