Prescripteurs de saines addictions

Caroline P.

Un jour ce sera vide
16,50
par (Fontaine Victor Hugo)
13 octobre 2020

Le narrateur, solitaire petit garçon de 10 ans, passe ses vacances au bord de la Manche, en tête à tête avec sa grand-mère, merveilleuse figure tutélaire de ce roman. Les journées passent en observation du monde qui s'agite autour lui, voisins d’immeubles ou de plage, sa tante, les fourmis, les méduses. Ce monde fascinant ou monstrueux lui reste pourtant étranger jusqu'au jour de sa rencontre avec Baptiste qui lui accorde miraculeusement son amitié, lui, le garçon à la famille normale, ordonnée, élégante, bourgeoise - autant d'attributs qui ne sauraient caractériser son propre univers.
Hugo Lindenberg construit un premier roman sur l'enfance, l'éveil à la conscience du monde, les différences, les sentiments, dans une prose ciselée, émaillée d'images surprenantes, qui frappent par leur pouvoir d'évocation : une écriture comme un sismographe des émotions. Un texte extrêmement touchant et juste.

Impossible

Gallimard

16,50
par (Fontaine Victor Hugo)
13 octobre 2020

Le narrateur de ce court roman a consacré sa jeunesse durant les années de plomb en Italie à son combat politique, on imagine une mouvance comme celle des Brigades rouges. Il en a payé le prix par des années d’emprisonnement après son arrestation à la suite d'une trahison d'un de ses plus proches camarades. Des années encore après, on retrouve ce camarade mort au fond d'un ravin alpestre, le jour et l'heure mêmes où notre narrateur randonnait sur la même vire. La coïncidence est impossible pour le juge. Nous suivons donc les passes d'armes entre le magistrat qui cherche à comprendre et veut la preuve de sa culpabilité et l'accusé, pris au piège d'une situation inextricable. Un dialogue philosophique sur le sens de la justice s'engage, qui fait vaciller l'homme de loi face à l'homme d'engagement.
Ce dialogue serré en prise directe alterne avec le dialogue intérieur que l'accusé engage avec la femme de sa vie, comme un contrepoint définitivement apaisé face à l'épreuve qu'il vit.
Voici un texte puissant comme Erri De Luca sait les faire, texte de réflexion politique sur l'engagement, la fidélité, l'honneur, la justice et aussi l'amour.

La petite dernière

Les Éditions Noir sur Blanc

16,00
par (Fontaine Victor Hugo)
15 septembre 2020

Fatima a grandi dans le respect, la crainte et l'amour d'Allah. Sa famille, ses traditions, elle les aime malgré les pesanteurs. Fatima aime aussi les femmes et cela rend sa vie et son avenir moins simples. Comment concilier ses êtres religieux et amoureux, les lieux qu'elle habitue, Paris et la banlieue, autant de diptyques qui devraient être antagonistes mais qui vivent en elle, qu'elle apprend à tenir ensemble quoiqu'il en coûte : incompréhensions, silences, ruptures...
L'auteur affirme au fil des pages qu'on ne sépare pas une âme en deux, que les identités ne sont pas perméables aux imprécations et aux injonctions d'où qu'elles viennent. L'écriture appuie le propos, suit la pensée de la narratrice. Au début des chapitres certaines phrases reviennent en anaphore et rythment le texte : le récit se transforme en une incantation, une célébration de ce moi irréductible et multiple.
Fatima Daas réussit un premier roman d'apprentissage au sens classique du terme sur l'identité mais aux enjeux éminemment contemporains.

Permafrost
15,50
par (Fontaine Victor Hugo)
15 septembre 2020

La narratrice de ce récit a un sentiment d'inadaptation profond à ce qui l'entoure, à ceux qui la sollicitent et surtout elle cherche à échapper au conformisme et aux jugements de sa mère et de sa sœur qui veulent certes son bien mais ne comprennent rien à son besoin de retrait et d'absolu : un idéal sans concession qu'incarnent son désir de dépossession, de littérature et de beauté, ses amours passagères.
L'écriture est concise, mène le lecteur sur la voie d'un univers original, une recherche de soi, rétive à tout sentimentalisme. Permafrost est un récit cathartique qui s'ouvre sur un questionnement et se ferme sur une perspective, la vie acceptée à affronter. Recommandé aux chercheurs de nouveaux talents.

Thésée, sa vie nouvelle
par (Fontaine Victor Hugo)
9 septembre 2020

Thésée, sa nouvelle vie,Camille de Toledo, Verdier
Comment donner un sens au geste suicidaire de son frère, comment survivre quand père et mère disparaissent à leur tour. C'est un effondrement total qui saisit le narrateur. Camille de Toledo jette ses dernières forces dans la fuite hors de Paris, « la ville de l'Ouest » pour prendre racine ailleurs, échapper aux ombres familiales. Mais même « la ville de l'Est », Berlin, ne le sauve pas et c'est en exhumant d'un vieux carton les mémoires de son arrière-grand-père, en remontant aux sources du malheur qu'il déplie les couches de mémoires enfouies, cachées mais insidieusement charriées à chaque génération. L'acte tragique a une histoire, il est assume la part de défaite, d'exil dont personne n'a voulu et à laquelle on a substitué l'exigence castratrice du silence et la belle histoire de la force.
Camille de Toledo offre un récit bouleversant sur l'envers de la réussite, sur la rupture radicale, celle du frère et le possible retour au monde, la tentative personnelle de l'auteur après un long détour.