Prescripteurs de saines addictions

Annesophie B.

https://www.instagram.com/annesophiebooks/?hl=fr

chroniqueuse littéraire à temps complet.

Le Baiser de l'Ogre

Elsa Roch

Éditions de l'épée

9 décembre 2019

Noir et poétique : un coup de coeur.

Ce troisième roman de l’auteure confirme donc son talent et son inimitable plume sous laquelle pudeur, beauté et délicatesse côtoient les instincts les plus sombres.

Une nuit, Amaury Marsac répond à un appel d’urgence de Lise, jeune membre de son équipe, et la rejoint sur une scène de crime.
Arrivé sur place deux surprises l’attendent : la première lorsque la jeune femme, grièvement blessée, lui demande de l’exfiltrer sans en parler au reste de l’équipe et la deuxième quand elle lui fait promettre d’aller lui-même veiller sur Liv, sa petite fille, dont ils ignoraient tous l’existence, et de la protéger d’une menace dont elle n’a pas le temps d’expliquer la nature.

Pourquoi Lise se trouvait-elle dans cet immeuble ? Quel est ce danger encouru par Liv et qu’il ressent jusqu’au plus profond de lui ? Et comment parvenir à gérer l’enquête de son équipe, tout en leur cachant le peu d’infos qu’il a en sa possession ?

Un roman sur l’enfance, la différence, les blessures et la résilience, vécue ou à venir.

Dès les premières pages le lecteur est plongé dans l’action, avec ce sentiment d’urgence qui ne se démentira à aucun moment durant cette lecture.

L’histoire est prenante à souhait, et c’est une véritable réussite, mais c’est loin d’être le seul point fort de ce roman, qui en a d’ailleurs pléthore.

Parmi eux, les personnages : attachants, complexes, voire contradictoires, donc humains au plus haut point.
Qu’ils soient doux, colériques, réservés, excentriques, réfléchis ou emportés, ils nous ressemblent tous, à un moment ou à un autre.

La trame, bien sûr. Ficelée, efficace et prenante, elle captive du début à la fin.

La plume, ensuite. Délicate, poétique même, dans les pages les plus sombres, elle entraîne et enchaîne le lecteur.
Les mots sont beaux, les phrases, sublimes.

Et pour finir, Liv. Ce petit bout, de douceur, de bonheur, de silence et d’amour, qui dégage tant de choses sans avoir à dire un seul mot…

Un polar brillant, un roman noir poétique et lumineux, qui parle d’ogres, de papillons, et nous rappelle ce que l’Homme peut faire de pire, mais également sur ce qu’il sait faire de mieux.

À lire sans hésiter !

L'Ombre de la menace
9 décembre 2019

Une très belle réussite !

Si j’ai commencé ce thriller parce qu’il présentait une histoire susceptible de m’intéresser, j’étais loin de me douter qu’il allait me plaire à ce point là !

La vie de Gina implose littéralement lorsqu’un simple accident révèle que son mari est un tueur en série.
Comme si cela ne suffisait pas, elle et ses enfants se retrouvent alors traqués comme des bêtes par tous les apprentis justiciers du pays.
Leur seule chance de s’en sortir est de fuir et se cacher.

Mais à l’heure d’internet et des réseaux sociaux, rester cacher parmi la foule relève la gageure.

On a là plusieurs sujets qui laissent présager une bonne intrigue : un tueur en série particulièrement tordu, une femme désespérée et prête à tout pour protéger ses enfants, les avantages et inconvénients de nos « merveilleux » outils de communication. Bref d’excellents ingrédients de thriller, possiblement capables de nous offrir de belles heures de lecture.

Et c’est ici parfaitement réussi.

Le rythme, déjà, est excellent. Dès la troisième page on est dans le vif du sujet. Pas de longue amorce inutile, ici ça claque dès le début. S’il ne demeure pas constant tout du long, c’est uniquement pour aménager des temps de « descente » afin de nous redonner un grand coup d’adrénaline dès le chapitre suivant.

Les personnages, ensuite. Là aussi, dès les premières pages, le ton est donné : vous ne pourrez vous fier à aucun des protagonistes. Vraiment aucun. Un choix risqué mais qui est parfaitement maîtrisé par l’auteure et nous tient en haleine de façon très efficace.

L’histoire, enfin. Si, comme dans tout thriller, il faut lui pardonner quelques menues invraisemblances, elle reste solide et nous ferre de la première à la dernière page.

La fin, à demie ouverte, clôture très bien le roman, apportant le bon nombre de questions aux questions du lecteur, tout en semant ce qu'il faut pour pouvoir faire une suite. Et ça tombe bien puisque c’est ce qui est prévu : elle devrait paraître l’année prochaine.

Rachel Caine signe là son premier thriller, et après l’avoir lu on a qu’une hâte : lire le prochain.

Bref, un pur thriller efficace et haletant que je recommande vivement à tous les amoureux du genre !

L'HERITAGE DAVENALL
9 décembre 2019

Encore du grand Goddard.

Avec L’Héritage Davenall, son nouveau bébé de plus de 700 pages, le roi du polar britannique nous offre une nouvelle fois un de ses grands romans rempli de mystères dont il a le secret.
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1871. James Davenall disparaît subitement après avoir écrit un mot qui laisse entendre qu’il va mettre fin à ses jours.
1882. Alors que Constance, l’ex fiancée de James, est devenue l’épouse de William Trenchard, ils reçoivent un soir la visite d’un individu se faisant appeler James Norton mais prétendant être en réalité le James Davenall disparu depuis 11 ans et dont on n’a jamais retrouvé le corps...
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Si le postulat de départ laisse supposer une lecture mystérieuse mais à la finalité forcément simple (il sera prouvé que l’homme en question est ou n’est pas James Davenall), Robert Goddard nous prouve une fois de plus qu’il n’en est rien et qu’il n’y a pas de petits sujets chez un grand auteur.
Car, dans cette histoire, rien n’est simple.
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Qui a tort, qui ment, qui cache quoi, à qui, pourquoi, ne sont que quelques-unes des très nombreuses questions dont cette histoire regorge, pour le plus grand plaisir du lecteur.
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Comme toujours avec cet auteur, on ne s’ennuie pas une seule minute durant ces 700 pages.
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Les personnages sont, comme à son habitude, complets et complexes à souhait. Si bien que, du début à la fin on ne sait à qui se fier.
Quant à l’ambiance, c’est encore et toujours un des grands points forts de Mr Goddard. Le bruit des calèches, le clair soleil de certains après-midi de campagne et l’humidité du brouillard londonien deviennent notre décor quotidien autant que celui des protagonistes.

Et nous nous laissons prendre avec délectation, les nombreux faux-semblants des uns et des autres.
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Un seul tout petit bémol (sur plus de 700 pages rappelons-le) porte sur l’une des toutes dernières révélations qui va pour moi trop loin dans la noirceur de l’humain. Mais ce n’est qu’un minuscule bémol au milieu d’un millier de ravissements.
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Donc, si vous aimez les mystères à rebondissements, les personnages forts, les ambiances palpables, et bien évidemment les plumes ensorcelantes, n’hésitez pas à vous perdre dans cet excellent nouveau polar !

L'expérience
21,00
9 décembre 2019

Un roman qui ne laissera personne indifférent.

En 1953, Ned Sweeney, publicitaire New Yorkais, teste (bien malgré lui) du MDT-48, une drogue mise au point dans la continuité du programme MK Ultra.

En quelques minutes, il se retrouve emporté dans un tourbillon de sensations plus fortes les unes que les autres. La plus formidable d’entre elles étant sa capacité à entendre, comprendre et analyser tous les sujets auxquels il se trouve confronté.

Soixante ans plus tard, Ray Sweeney, le petit-fils de Ned, travaille à son compte dans l’analyse et le traitement de données pour certains politiques ou entreprises.

Au cours de l’une de ses missions, il va rencontrer un ancien politicien pour le moins énigmatique qui lui apprendra que son grand-père ne s’est pas suicidé comme tout le monde l’a toujours cru.

L’alternance des chapitres nous permet donc de suivre d’un côté Ned et les expériences qu’il vit grâce au MDT, et de l’autre Ray et son enquête pour découvrir ce qui est véritablement arrivé à son aïeul.

L’écriture est vive, le rythme idéalement soutenu, que l’on soit en 1953 ou en 2014.

Le lecteur pourra donc tout autant apprécier l’une ou l’autre des deux histoires, voire les deux, tant on ressent l’attrait de l’auteur pour cette thématique (auteur à qui l’on doit d’ailleurs « Champs de Ténèbres », le roman qui a inspiré le film Limitless).

Personnellement ce sont les chapitres avec Ned Sweeney qui m’ont le plus emportée, même si j’ai également beaucoup aimé l’enquête.
Sûrement parce que, confrontée au même dilemme, j’aurais sans hésitation fait les mêmes choix que lui.
Comment ne pas succomber à une substance capable de faire fonctionner notre cerveau quasiment à 100% de ses capacités ?

Qui plus est, si l’enquête de Ray est très bien menée et racontée, les ressentis de Ned sous MDT sont eux absolument captivants.

Un roman qui va très vite et très loin, et qui emporte sans difficulté le lecteur à la suite de Ned, dans sa recherche constante de nouvelles connaissances.

J’aurais préféré que ce roman soit un tout petit peu plus long, afin d’avoir une fin un peu moins abrupte. Mais ça reste excellent même ainsi.

À découvrir !

Mensonge, Aime-moi. Confie-toi. Mais ne me crois pas.

Aime-moi. Confie-toi. Mais ne me crois pas.

Fayard/Mazarine

21,90
9 décembre 2019

Un thriller original sur la forme et sur le fond.

Deux ans après « La Fille d’Avant », qui avait connu un beau succès, l’auteur nous offre donc un nouveau thriller, que j’ai pour ma part préféré au précédent.

Claire, étudiante passionnée, paye ses cours de théâtre grâce à un travail pour le moins original : elle « teste », pour le compte d’un cabinet d’avocats, des maris soupçonnés d’infidélité.
Pour elle ce travail n’est qu’un rôle comme un autre, et les épouses sont plutôt satisfaites de ses résultats.
Du moins jusqu’à ce que la femme de Patrick, la dernière cliente de Claire, soit retrouvée assassinée dans la chambre d’hôtel où elle était venue lui faire son compte-rendu...
Qui a pu tuer cette femme ?
Que viennent faire Les Fleurs du Mal là-dedans ?
Et qui, de Patrick ou Claire, se joue de l’autre ?

Il faut reconnaître que faire un thriller ayant Baudelaire comme thème central, il fallait y penser.
Niveau originalité, aucun souci, c’est du jamais vu. Et ça fonctionne.

Toutefois, si vous êtes du genre allergique à la moindre petite invraisemblance, autant le dire tout de suite, cette histoire risque de ne pas vous convenir.

Par contre, si vous avez envie de lire un thriller comme vous regarderiez un film, pour vous détendre et sans vous poser (trop) de questions, alors vous pouvez y aller, ce roman fait son job, et il le fait plutôt bien.

Les points forts sont sans conteste : le rythme soutenu, les nombreux rebondissements, l’originalité de l’idée, et le mélange des genres (que j’ai particulièrement appréciés), avec certaines scènes écrites comme au théâtre.

Son point faible : les incohérences, même si elle ne m’ont pas spécialement dérangée. Sauf le tout dernier rebondissement, que j’ai trouvé trop explosif à mon goût vu le décor où il se passe.

C’est donc un thriller à lire si vous aimez les lectures survitaminée, qui sortent de l’ordinaire, et qui ne se dévoilent vraiment qu’à la toute fin.

Après un premier titre qui était plutôt un huis clos, J.P. Delaney nous donne ici une nouvelle histoire à l’opposé de la première.

Un nouveau roman à découvrir, pour passer un bon moment et vous faire votre propre avis.