Prescripteurs de saines addictions

Lara C.

Une enquête de l'Inspecteur Chen

Liana Levi

18,00
par (Librairie L'Armitière)
18 janvier 2021

Courtisane sur laquelle courent toutes les rumeurs, Min reçoit à sa table très privée et prisée des hôtes fortunés. Mais lorsque un meurtre s'en mêle, les arcanes du pouvoir se mettent en place pour la destituer. L'inspecteur Chen, démis de ses fonctions d'enquêteurs par le pouvoir pour des motifs "médicaux" et placé à la tête d'un nouveau poste, ne peut s'empêcher de mener l'enquête de façon détournée, épaulé par sa toute nouvelle secrétaire Jin.

Accompagner l'Inspecteur Chen au cours de sa lecture, ce n'est pas tant résoudre une enquête policière que de plonger au cœur de la Chine actuelle et de son régime politique.

La plume de Qiu Xiaolong est à la fois poétique et concrète, romanesque et politique. Les références littéraires, culinaires et historiques sont multiples et loin d'alourdir l'intrigue, lui conférent au contraire une dimension supplémentaire qui fait tout le charme de ce roman et de son personnage principal.

20,00
par (Librairie L'Armitière)
12 janvier 2021

La scène : nous sommes mardi soir, il pleut, rien dans le frigo, la flemme. Le réflexe : smartphone attrapé, repas commandé, livraison attendue. Si cette scène que je vous décris pour l'avoir vécue est également évocatrice pour vous, alors vous devez lire ce roman. 

À l'heure de la consommation immédiate, de l'ubérisation de masse, du buzz médiatique, il fallait bien qu'un thriller social paraisse et cloue au piloris tout un pan de la société de consommation. 

"Tous complices", ce n'est pas tant un titre qu'un cri de dénonciation. Dans ce roman où se croisent Abel, Lena, les soeurs Loursac, Parsène, Igor, et tant d'autres; chacun à essayer de tirer son épingle du jeu dans un monde où l'homme 2.0 est un loup pour l'homme, la révolte gronde.

Elle gronde parce que tout le monde ne joue pas suivant les mêmes règles du jeu, et que le joueur n'est finalement qu'un pion parmi tant d'autres. Elle gronde parce qu'Abel voulait la jouer réglo sur son vélo premier prix acheté avec ses maigres économies, à livrer des repas pour l'Appli aux quatre coins de Paris, pour espérer gagner sa vie en même temps qu'il mène ses études, avant de s'apercevoir du pouvoir de l'Appli sur sa vie. 

La grande force de Benoît Marchisio dans ce roman, c'est de nous décrire un monde parallèle à celui que nous côtoyons au quotidien: celui des invisibles. Pourtant, nous les voyons, ces livreurs, avec leur sac sur le dos, comme une coquille d'escargot. Mais que savons-nous de leur conditions de travail et de vie ?

Ce roman creuse son sujet, parlant algorithme, location de comptes, travail illégal, traitement de l'information, et bien entendu, modèle économique. 

Et si nous sommes "Tous complices", alors qui est le coupable ? 

Ce roman est une claque que je me suis prise parce qu'il propose une immersion sans fard dans l'univers de la livraison à domicile et nous met face à nos contradictions. 

Une lecture à mettre en parallèle avec les différents essais sur la question de l'uberisation, notamment le titre "L'ubérisation du travail", de Jérémias Prassl (Dalloz).

par (Librairie L'Armitière)
30 décembre 2020

Si la rentrée littéraire d'automne laisse place dans quelques jours à celle d'hiver qui s'annonce, il n'est jamais trop tard pour découvrir une œuvre forte, de celles qui marquent leur lecteur. "Histoires de la nuit" est de celles-ci. 

La Bassée, hameau des Trois filles seules. Vivent ici Les Bergogne, une famille ordinaire, composée de Patrice, agriculteur taiseux en proie aux angoisses liées à son exploitation, Marion, l'épouse dont le carcan marital semble l'étouffer, et Ida, leur fille, qui jouit de sa jeunesse avec l'innocence propre à son âge. 
Pour seule voisine, les Bergogne ont Christine, presque comme un membre de leur famille, une artiste solitaire, ex-parisienne venue s'exiler à la campagne. 

Sous cette apparente normalité couvent en réalité des non-dits, des secrets, des choses que l'on tait parce que si elles sont dites,...
Et tandis que les heures s'égrènent, que s'annonce la soirée d'anniversaire organisée à l'occasion des 40 ans de Marion, des inconnus s'invitent à la fête, dont il ne reste qu'un huis-clos glaçant. 

S'il y a bien une chose dont Mauvignier a su se rendre maître au travers ce roman, c'est du temps, qu'il manie avec beaucoup d'ingéniosité et de talent, jouant avec les phrases et l'alternance de personnages pour l'étirer et mieux installer le climat du roman. Et puis, comme un élastique sur lequel on aurait tiré trop fort et qui craquerait d'un coup, soudain, tout bascule, le temps pour le lecteur d'être surpris par cette détonation qui sonne le glas des heures antérieures, et apporte une nouvelle dynamique au roman.   
Qu'on se le dise : ce roman ne plaira pas à tout le monde. Parce qu'il est exigeant dans sa rédaction, et qu'il répond au contrat tacite passé entre l'auteur et son lecteur, d'accepter de faire l'effort d'entrer dans une prose, un univers, et d'accompagner des personnages, une intrigue tout au long des 634 pages qui le composent. 

Mais pour celles et ceux qui accepteront les termes du contrat, c'est hanté que l'on ressort de cette lecture, devant la puissance narrative des "Histoires de la nuit", de sa force évocatrice, de la justesse des personnages principaux auxquels on s'attache profondément, et qui laissent le lecteur aussi pantelant que s'il était là-bas, à la Bassée. 

Une oeuvre majeure dont il y aurait beaucoup plus à dire, mais qu'on ne saurait que trop vivement vous conseiller avec Roselyne.

Renvoyer les morts

Belfond

20,00
par (Librairie L'Armitière)
18 novembre 2020

Un roman proprement terrifiant

Un roman court dont la brièveté ne fait que renforcer son aspect terrifiant.

A la nature et sa beauté, l'auteur oppose l'impitoyable cruauté de jeux pas si innocents entre adolescents, lesquels glissent lentement, mais sûrement, vers un final aussi horrifique qu'imprévisible.

Ce roman qui traite du harcèlement scolaire ne serait pas aussi riche s'il ne s'accompagnait pas d'une plongée dans l'atmosphère d'un Japon rural, loin de la frénésie tokyoïte, oscillant entre traditions et folklore.

Une aura mystérieuse nimbe alors la lecture, confinant - presque - un caractère fantastique à ce roman, très justement récompensé par le Prix Akutagawa au Japon.

Pour celles et ceux qui aiment frissonner après avoir refermé un livre.

par (Librairie L'Armitière)
5 octobre 2020

Inspiré d'un fait réel connu sous le nom de "Massacre de Circeo" qui secoua l'Italie des années 70, "Les bons garçons" est un roman dans lequel plane sans cesse la menace du pire. Et le pire, c'est ce que vont vivre deux adolescentes, Raffaella et Maria-Grazia, qui à l'image de leur âge, vont vivre leurs premières émancipations et premiers émois, avant que ne leur vie bascule.

Cette attente pèse sur le lecteur comme un orage qu'il verrait arriver sans pour autant pouvoir s'y soustraire. Pourtant, Pierre Adrian, loin de tomber dans le sensationnalisme obscène, reste en retrait de ce qui se passe pour mieux dépeindre une époque, celle des années dites de Plomb dans une Italie en proie à un climat politico-social sous tension.

Le drame en lui-même est presque survolé pour mieux s'attacher aux personnages, en comprendre les motivations et les aspirations.

"Les bons garçons" se lit comme une fresque sociale et un arrêt sur image; celle d'une époque, de l'adolescence qui se découvre, mais questionne aussi la décadence d'une partie de la haute société romaine de l'époque.

Emaillé de multiples références et bien documenté, "Les bons garçons" est un roman immersif à la narration chirurgicale dont on ressort révolté.