Prescripteurs de saines addictions

  • 25 avril 2011

    Âme rouge - John Blacksad est fauché. Il accepte le boulot d'encaisseur pour le compte d'Hewitt Mandeline, riche tortue aux airs d'Eddie Barclay. Le troisième tome s'ouvre sur une note désespérée. Blacksad s'interroge sur l'existence et ses raisons. "Je crois qu'on ne sait pas, jusqu'à sa mort, si on a eu de la chance dans la vie. Et alors, c'est déjà trop tard." (p. 6) C'est dans cet état d'esprit pessimiste qu'il retrouve Otto Lieber, un ancien professeur.

    Le vieil oiseau défend à présent les vertus de l'énergie nucléaire. Il est le centre d'attraction d'un groupe d'artistes et d'intellectuels de gauche qui se font assassiner les uns après les autres. D'abord convaincu du danger que court son ancien mentor, Blacksad découvre que les figures exemplaires peuvent se fissurer et laisser apparaître l'indicible. Et alors que l'amour lui tend enfin à nouveau les bras en la personne d'Alma Mayer, Blacksad échoue à attraper le bonheur et reste seul avec sa solitude.

    On entend dans ce tome les sirènes hurlantes qui annoncent la chasse aux sorcières. Mais on replonge surtout dans les affres de la seconde guerre mondiale et l'on découvre comment le rêve d'un homme a été frelaté pour servir des causes immondes. La Guerre froide est à la porte et la menace atomique grandit de planche en planche. Le sénateur Gallo - notre général n'est pas à la fête ! - grand coq arrogant aux ambitions meurtrières incarne le mal en puissance.

    Les traits animaux sont moins marqués dans ce tome. C'est d'ailleurs seulement avec celui-ci que j'ai constaté que Blacksad et tous les matous n'étaient pas pourvus de queue. Les femmes sont plantureuses à la manière des pin-ups américaines et les marques animales ne sont guère qu'un maquillage discret mais efficace qui fait exploser leur nature bestiale. Les caractères types sont bien installés : les sales bêtes endossent le costume des vilains et les héros s'incarnent dans des animaux à sang chaud.

    Il me semble que c'est ce tome qui met le plus en valeur les années 1950. L'époque entre de plain-pied dans l'album. Il ne s'agit plus seulement d'évoquer les aventures du détective, mais également de dépeindre un monde que chacun entoure de nostalgie et de clichés. Pour le moment nullement déçue par Blacksad, je vais m'employer à mettre la main sur L'enfer, le silence, quatrième volume de cette série !