Prescripteurs de saines addictions

Bras de fer

Bras de fer

Bourgine, Jérôme

Sarbacane

  • 12 octobre 2012

    Julian, 1 mètre 90 de muscles, le regard bleu acier, champion d'Île de France junior de natation, amoureux de Leila, tout juste bachelier, 18 ans dans quelques jours et bientôt une moto pour emmener Leila en balade. Mais entre lui et ce rêve, il a Louis, son père. Pour obtenir sa moto, il doit battre Louis au bras de fer et ce n'est pas une mince affaire. Personne ne peut battre Louis...

    D'ailleurs, le jour J, Julian perd. Dépité, il emprunte une moto, file sur la route et tombe. Amputé d'un bras, Julian voit sa vie s'effondrer, plus d'envies, plus de projets, plus d'avenir. Malgré l'amour de Leila, Julian n'a plus le goût de vivre jusqu'au jour où il fume son premier joint. Sous l'emprise de la drogue, tout redevient possible! Même son bras semble être là à nouveau! Alors pendant que Leila se démène pour faire bouillir la marmite, Julian fume en cachette, puis sniffe de la coke, prend de l'ecstasy, se pique à l'héroïne...Leila est impuissante à stopper cette descente aux enfers, ce tourbillon qui les emporte tous les deux vers le fond. Julian peut-il encore être sauvé?

    Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas pris une telle claque en lisant un roman! Jérôme BOURGINE raconte une histoire poignante, terriblement dure, choquante parfois mais ce qui fait la force de son récit, c'est la puissance qu'il insuffle à ses personnages. Julian, son mal de vivre, son handicap et sa déchéance sont très bien rendus mais sans trémolos, dans toute la dureté de la réalité des drogués. Le cynisme de ce monde où l'amour, les amis, la famille n'existent plus, la perte de la dignité, le manque, les pensées uniquement tournées vers la prochaine dose, tout est décrit à la perfection et Julian en devient touchant par sa fragilité, même quand il vole, ment, trahit.
    Mais même si la drogue tient une grande place dans l'histoire, Bras de fer est surtout un roman sur l'amour, celui incarné par la belle Leila. Une guerrière qui n'a pas eu la vie douce jusqu'à présent et qui met tous ses espoirs dans sa vie à deux avec Julian. Quand son bonheur s'effondre, elle tient bon. Portée par ses sentiments, elle continue à espérer qu'ils finiront par s'en sortir. Sa chute prévisible, loin d'être pathétique, est un hymne à ses sentiments. Leila est un personnage qui émeut certes mais surtout qui force l'admiration.
    Et l'amour se retrouve aussi dans ce qui lie Julian à son père, autre personnage clé de ce roman. D'emblée, j'ai aimé cet homme taciturne et pudique. Ouvrier syndicaliste, droit dans ses bottes, il est de cette génération d'hommes durs qui ne font pas dans le sentimental. Parler, rêver, rire, pleurer, se plaindre, ça sert à rien! Et dire aux autres qu'on les aime? Totalement inutile puisqu'il est évidemment qu'on bon mari aime sa femme, qu'un bon père aime son fils. Il lui faudra bien du courage à cet homme d'un autre temps pour accepter un fils écorché vif, remettre en cause ses valeurs et s'ouvrir aux sentiments.
    Du début jusqu'à sa fin en apothéose, Bras de fer est une histoire sombre qui prend aux tripes. J'ai du mal à comprendre qu'il soit classé en littérature jeunesse. C'est une lecture d'adulte qui remue, choque et secoue le lecteur.