Prescripteurs de saines addictions

L'Empoisonneuse d'Istanbul

Pétros Márkarīs

Points

  • 17 septembre 2018

    C'est le drame chez les Charitos ! Katérina, leur fille chérie, a décidé de se marier sans passer devant le pope ! Depuis, le commissaire et son épouse sont au désespoir, partagés entre honte et colère, et se reprochant mutuellement l'entêtement de leur progéniture. Pour consoler et calmer sa chère moitié, le policier lui propose un voyage organisé vers Istanbul, ou plutôt Constantinople comme l'appellent encore les Grecs. Sur place, le couple partage son temps entre visites culturelles, shopping effréné et repas pantagruéliques. Mais même en vacances, Charitos reste un flic. Quand il est contacté par un concitoyen pour enquêter sur la disparition d'une vieille dame d'origine grecque, il ne peut s'empêcher d'aller fouiner et quand la disparue est soupçonnée d'avoir empoisonné son frère, l'affaire devient officielle. Le Grec doit collaborer avec un policier turc et pour avancer il va falloir surmonter méfiance et préjugés, pendant que l'empoisonneuse continue de tuer.

    Délaissant pour un temps Athènes, Petros Markaris transporte son commissaire en Turquie pour un voyage organisé à Istanbul. Mais les Grecs ne sont pas loin puisque l'auteur en profite pour évoquer la communauté Roum, ces citoyens turcs de nationalité grecque, installés à Istanbul depuis l'Empire byzantin. Cette minorité se bat depuis des décennies pour conserver sa langue, ses traditions, ses prérogatives au sein d'un pays qui a tenté à maintes reprises de les chasser, souvent par la violence. Beaucoup ont fui, peu sont restés.
    Nous faire découvrir ces Roums est l'intérêt principal de ce polar dont l'action est loin d'être trépidante. Markaris en profite pour égratigner ses compatriotes nostalgiques du grand empire grec qui rêvent de reconquérir Constantinople. L'antagonisme entre les deux voisins trouve sa source dans l'Histoire mais la rivalité est toujours d'actualité. Les Grecs sont fiers de faire partie de la communauté européenne quand les Turcs échouent à l'intégrer mais force est de constater qu'on vit mieux en Turquie depuis que la crise a laminé l'économie grecque... L'Europe longtemps convoitée n'exerce plus la même attractivité, d'ailleurs le policier avec lequel collabore Charitos est né en Allemagne où il a exercé sa profession avant de s'installer à Istanbul où il bénéficie de meilleurs conditions de travail et où sa femme peut porter le voile sans risque d'ostracisme.
    Le contexte turco-grec est donc très intéressant tandis que l'enquête piétine, le duo se perdant sur les traces d'une empoisonneuse âgée et malade mais dont le désir de vengeance semble plus fort que le zèle des policiers.
    À part cela, comme d'habitude, Adriani, la femme de Charitos, est insupportable, même en vacances et ses compagnons de voyage qui croient être à Istanbul en terrain conquis le sont tout autant. Un voyage à Istanbul en demi-teintes.